Note de lecture

Giorgio BASSANI, L’odeur du foin, Titre original : L’odore del fieno , Traduit de l’italien par M. Arnaud, Paris, Gallimard, 1996, Collection L’Étrangère.

À humer d’une respiration légère…
Pour les habitués de Bassani, les fleurs de Ferrare et de ses alentours que réunit le volume intitulé L’odeur du foin forment autant d’échos à ses grands romans. Pour les non- habitués (nous leur souhaitons de le devenir) ils découvriront le plaisir doux-amer de ces courts textes, dont l’humour masque toujours les douleurs d’une actualité politique dramatique : l’Italie fasciste, puis « libérée » des années 1936 – 1948.
Le recueil vibre des lueurs d’été, des brumes intimes et silences intérieurs, dans une Ferrare bruyante, solaire, traversée de cyclistes et de fascistes. De brefs récits aux atmosphères changeantes mettent en scène les personnalités diverses de Bassani : l’amoureux déçu dans La fille aux fusils (on songe au Jardin des Finzi-Contini) ; le militant politique jadis emprisonné (À l’époque de la Résistance) qui rêve sa liberté dans un rêve et, dans l’un des textes le plus long du volume (« Péralda« ), la façon dont le narrateur tendre et ironique approfondit l’esquisse de ce jeune amant qui, disparaissant, conduit le héros des « Lunettes d’or » au suicide, l’amant, « ce Deliliers qui aurait dû se tenir tranquille au lieu de se donner du bon temps avec ses sous et sa voiture ».
En l’air, pendant ce temps, tournent « de petits avions de chasse argentés » : dans les souvenirs, la mort est présente, comme le sont les allusions aux « lois raciales » de 38, début de l’antisémitisme d’État italien.
L’odeur du foin, nouvelle qui donne son titre au recueil, se déroule surtout dans le célèbre « cimetière israélite de Ferrare ». Des faucheurs ont la priorité sur les enterrements. Mais c’est une image très bassanienne : en dépit des fins, des morts, des fenaisons, la vie et Ferrare (la ville devenue personnage de roman autant que décor), tout cela continue, et la petite musique de Bassani fait fi de tonitruants désespoirs.

Malgré les noms sur la plaque des déportés apposée sur la façade de la synagogue, rue Mazzini.

Didier Jouault