Rome, Jérusalem : de la coexistence à l’affrontement

Rome, Jérusalem : de la coexistence à l’affrontement

par Nicolas Masuez

Martin GOODMAN, Rome et Jérusalem : Le choc de deux civilisations, Titre original : Rome and Jerusalem : The Clash of Ancient Civilizations (2007), Traduit de l’anglais par M. Bessière, A.Botz, S. Kleiman-Lafon, Paris, Perrin, 2009, Collection « Pour l’Histoire ».  

« La destruction de Jérusalem est le seul sujet qui reste aujourd’hui pour un poème épique : un sujet qui (…) devrait intéresser l’ensemble du monde chrétien, comme le récit homérique de la guerre de Troie a concerné toute la Grèce. Des difficultés se présenteraient comme il s’en présente avec tout sujet et elles devraient être adoucies et estompées (…). Mais on trouverait là une combinaison de grandeur et de splendeur telle qu’aucun thème n’en offre… Là se trouverait illustré l’accomplissement des prophéties – la fin de la première religion nationale révélée sous les violents assauts du paganisme, elle-même signe avant-coureur et condition de l’expansion d’une religion révélée planétaire ; et l’on y trouverait encore le caractère du Romain et du Juif et l’émotion religieuse, la plénitude, la justice. »

Samuel Taylor Coleridge, le célèbre poète anglais avait rêvé ce poème épique sur le siège de Jérusalem ; il désespérait de ne pouvoir l’écrire. Martin Goodman réalise ce projet en historien avec la monographie qu’il consacre à Rome et Jérusalem, deux capitales intimement liées à l’histoire de deux peuples mais qui ont également profondément marqué l’histoire de l’humanité tout entière. Ces villes sont à la fois des symboles culturels, cultuels et politiques, de portée universelle. Et pourtant leur histoire antique est tumultueuse, depuis une alliance contre l’ennemi séleucide jusqu’à l’ingérence dans les affaires politiques, en passant par deux guerres meurtrières dont la première aboutit à la destruction du Temple de Jérusalem, provoquant un bouleversement total du judaïsme.
Rome et Jérusalem : Le choc de deux civilisations permet au lecteur de mettre en perspective ces deux capitales dans leurs relations politiques, culturelles ou ethniques, offrant des clefs de compréhension qui permettent de comprendre l’évolution des liens qui les unissent et qui les a conduites à se livrer une guerre à mort.
Sont étudiées également les conséquences de ces affrontements pour les Juifs, dans la construction des identités méditerranéennes.

Face à cette situation complexe, l’historien pose plusieurs questions  :

  • Pourquoi Jérusalem, capitale d’un petit État, centre cultuel et culturel juif, est-elle devenue l’épicentre des tensions et des passions au cœur du si vaste Empire romain ?
  • Comment les Romains et les Juifs se perçoivent-ils ?
  • Le monothéisme juif, singulier à l’époque, a-t-il joué un rôle dans ce rapport conflictuel ?

Deux cités-symboles

Jérusalem et Rome sont deux des principales cités du bassin méditerranéen, deux capitales dont le rayonnement dépasse les limites géographiques. Elles sont aussi des capitales culturelles. Par ailleurs, Jérusalem et son Temple occupent un rôle singulier de centre religieux unique pour une religion unique, ce qui la distingue de Rome.
Martin Goodman, amène le lecteur à mieux comprendre les particularités de chacune de ces deux villes et d’en saisir toutes les subtilités historiques au fil des siècles, permettant de mieux comprendre les particularismes. Il écrit à propos de ces deux cités : « Pendant des siècles, Rome et Jérusalem ont coexisté dans l’imaginaire occidental, représentant deux idéaux opposés : l’un la grandeur, l’autre la sainteté. Rome, la Ville Éternelle, a longtemps été perçue comme la quintessence de la puissance ostentatoire, reposant sur la force militaire et la rigueur de la loi, mais aussi aussi des réalisations brillantes de générations anciennes ou nourrissant la médiation sur la vanité de l’aspiration à la gloire. (…) … Jérusalem a été idéalisée comme le lieu des révélations, des miracles et de l’intensité spirituelle», p. 42. En effet Rome et Jérusalem occupent une place à part dans nos consciences collectives, car, en plus d’être deux villes-mondes dépassant le simple caractère architectural, social ou politique, elles sont de puissants symboles.

Rome : de la médiation à l’ingérence

Le rapprochement entre les deux cités ne s’est pas fait sans heurts. Au départ le rapprochement entre Jérusalem et Rome s’est accompli dans le cadre de la lutte contre les puissances hellénistiques voisines. Puis, au gré des aléas politiques, Rome s’est immiscée peu à peu dans les affaires juives. Rome, par l’entremise de Pompée le Grand, joue un rôle de médiateur pour trancher la querelle entre les deux frères hasmonéens Aristobule et Hyrcan à partir de 64 av. J-C. C’est ce dernier qui est finalement choisi par Rome.

Buste de Pompée/Musée du Louvre

M. Goodman rappelle que l’intervention de Pompée en Judée ouvre une nouvelle voie. Rome juge le pouvoir d’Hyrcan trop faible et, refusant de voir le royaume de Judée tomber sous le joug des Parthes, puissance montante de l’Orient, le pouvoir romain décide en 40 av. J.-C. d’installer sur le trône un roi juif non hasmonéen en la personne d’Hérode. C’est une rupture majeure dans la tradition monarchique récente des Hasmonéens. En effet, pour la première fois, un roi est nommé par la volonté du Sénat romain, dans un cadre païen : là où les souverains hasmonéens liaient le sacerdoce à la monarchie, Hérode devient un roi sans rôle religieux. Il y a une séparation de façade entre le pouvoir politique et spirituel. Toutefois, cela n’empêchera pas le roi de faire ou de défaire les grands-prêtres.

Le lien fort entre une grande partie des élites judéennes et Rome est abordé dès le deuxième chapitre (p.79-140) intitulé : Un monde uni par Rome. Il débute par la citation et l’analyse d’un discours d’Agrippa II en 66 rapporté par le « témoin principal » qu’est Flavius Josèphe. Ce discours est essentiel pour comprendre les rapports entre les monarques de la dynastie hérodienne et l’autorité romaine – on note au passage que le nom des deux derniers souverains juifs, Agrippa, est latin et s’inscrit dans l’héritage augustéen : « Le roi Agrippa II s’adresse à son peuple. Debout sur le toit de son palais, sa soeur Bérénice à ses côtés, il harangua avec passion ses compatriotes, les implorant de ne pas attirer un désastre sur leurs têtes. (…) il évoqua avec minutie, pour l’édification de son auditoire juif, l’extraordinaire puissance militaire de Rome et la façon dont celle-ci avait été employée à conquérir et dominer une si vaste période du monde connu », p.79.
Le discours d’Agrippa II se veut comme une affirmation de la toute-puissance romaine. Selon lui, le royaume de Judée a tout intérêt à accepter la domination romaine, pour préserver son autonomie, au risque de subir une déconvenue militaire. Toutefois, comme le précise Martin Goodman, son père, le roi Agrippa Ier est resté dans la mémoire collective comme un souverain pieux et respectueux de la tradition juive, ce dont la Michna garde trace.

La démarche de l’historien met en parallèle l’évolution politique à Rome et en Judée. Ce développement occupe toute la première partie (p.39-186). C’est une synthèse essentielle pour mieux saisir la complexité singulière de l’Orient méditerranéen ainsi que la position géographique, stratégique et politique du royaume de Judée au sein d’un monde uni par Rome : « le monde méditerranéen a connu sous la loi romaine, pendant les deux premières siècles de notre ère, un degré d’unification sans équivalent dans l’histoire, ni auparavant ni par la suite. Réalité brutale de l’Empire romain, le pouvoir de l’empereur pouvait atteindre chaque recoin de cet univers », p.79.
Ainsi, régnait au Ier siècle un fort sentiment d’identité collective dans l’ensemble du monde méditerranéen. En dépit de quoi, « derrière cette unité apparente » se maintenait une grande diversité « entre des sociétés dont les valeurs et les usages s’écartaient souvent des normes établies », p.140.

La Judée divisée (4 avt. J.-C.)

Identités romaines et juives : les points de friction

Dès lors, dans ce contexte de l’Eppire où s’équilibraient unité et diversité on comprend mal pourquoi Rome aurait jugé l’attitude de Jérusalem plus hostile que celle des autres cités. La deuxième partie de l’ouvrage (Romains et Juifs, p.187-656) consacrée aux rapports entre les Romains et les Juifs donne des éléments de réponse à cette question . Martin Goodman, par une connaissance fine du sujet, propose une analyse globale permettant d’accéder à une grille d’analyse précise.
L’historien s’interroge tout d’abord sur la notion d’identité qui lui apparaît d’emblée comme problématique. En effet, selon lui, « un élément compliquait les relations entre Rome et Jérusalem : un Romain pouvait être juif, un Juif pouvait être romain », p. 190. De fait, au moment où Jérusalem et Rome s’affrontent, une diaspora juive est déjà présente sur le sol romain et, parmi ces Juifs de Rome, certains possèdent la citoyenneté romaine. Le schéma est identique en Judée, où un certain nombre de Juifs se sont romanisés. On peut citer par exemple le cas d’un certain Jonathan, fils de Sisenna (mentionné par Flavius Josèphe, Vita, 190), soldat de l’armée de Jean Gischala lors de la révolte de 66 et dont le nom du père, latin, permet d’envisager une origine judéo-romaine. On peut également s’arrêter sur le cas de Justus de Tibériade, historien et adversaire de Flavius Josèphe. Justus est une latinisation d’un nom hébraïque, Tsadiq – exemple qui illustre combien l’onomastique permet de mieux comprendre les liens forts existant entre culture juive et culture romaine. En insistant là-dessus dès le début de la seconde partie de son ouvrage, Martin Goodman démontre que les deux conflits majeurs du Ier et IIème siècles entre Juifs et Romains, sont bien plus complexes que de simples guerres. En effet, au-delà des principes géopolitiques, l’enchevêtrement des liens sociaux et culturels accentue la complexité des événements.
Le rapport au territoire, à la culture, à la religion, est un marqueur fort commun aux deux puissances. Martin Goodman cite à juste raison le célèbre vers d’Horace, « Dulce et decorum est pro patria mori »/il est doux et séant de mourir pour la patrie » (Odes, III, 2, 13). En effet, la notion de patrie, d’appartenance à un groupe commun, régi par une culture, une religion ou un mode de vie, est fondamentale dans la construction des identités juive et romaine. Pour les Romains, la ville de Rome est une divinité, « Dea Roma », tandis que pour les Juifs, Jérusalem est « l’épouse de Dieu dans le cadre de l’alliance entre Dieu et Israël », p. 238. Pour les Juifs comme pour les Romains, les deux capitales jouent un rôle symbolique et idéologique fort. Elles sont un idéal, une cause à défendre, une culture à protéger.
Malgré ces proximités, l’auteur de l’ouvrage insiste sur les différences de perception du monde chez les Juifs et les Romains. Leurs approches différent profondément sur un grand nombre de sujets fondamentaux (la famille, la sexualité, la vie, la mort, la cosmologie, la nature, l’éthique) ; les modes de vie (p.330-369) également sont peu compatibles.
Si nous prenons le cas de l’esclavage, Juifs et Romains le pratiquent, comme la plupart des sociétés du bassin méditerranéen. Mais leur approche humaine de l’esclavage est très différente. En effet, à la différence des Romains, les Juifs sont tenus de respecter la Loi qui, comme le précise l’historien, limite les abus du maître : « La loi biblique considérait l’esclave comme un bien meuble, appartenant corps et âme à son maître, à qui il fallait verser une compensation si l’esclave était blessé par un tiers, mais le pouvoir de maltraitance du maître était juridiquement limité », p. 289. C’est donc une différence fondamentale, même si à Rome, certains esclaves ont pu bénéficier d’un régime de faveur. Merci. On songe par exemple à Tiron, esclave de Cicéron, mais son cas n’est pas représentatif de la situation générale.
Pour un Juif le corps, en public comme dans l’intimité, doit être respecté rigoureusement, alors que les Romains « avaient donc une attitude exceptionnellement décomplexée vis-à-vis du corps. Certaines activités sexuelles pouvaient être jugées comme humiliantes pour l’un ou l’autre des partenaires, mais rien n’était totalement exclus », p. 333. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas de limites, mais celles-ci pouvaient facilement être transgressées.
L’un des points qui a le plus divisé et participé à l’explosion des tensions est celui du gouvernement. Les deux puissances conçoivent différemment le politique. À Rome, même sous l’Empire, les institutions et la politique, jouent un rôle important, alors qu’à Jérusalem, l’approche est différente. La monarchie, quand elle est en place, est accolée à un pouvoir religieux fort. Sous les Hasmonéens, il y a confusion des deux pouvoirs, étant donné que le roi occupait également la fonction de grand-prêtre. Dans tous les cas, le pouvoir politique juif ou tiers doit se conformer aux lois juives au risque de provoquer des crises de grande ampleur.
Un autre point de différence majeure concerne le rapport à la guerre. M. Goodman affirme à juste titre que « les Juifs, contrairement aux Romains, n’auréolaient la guerre d’aucun prestige », p. 405. En effet, même si les Juifs ont combattu lors des deux grandes révoltes, l’art militaire n’occupe pas une place aussi prestigieuse que pour les Romains. Là où la construction idéologique, la grandeur et la puissance de la cité passent à Rome par la gloire militaire, à Jérusalem la guerre n’est perçue que comme une réponse à une agression. Là encore, on note une différence importante, qui n’empêchera pas la glorification a posteriori des combattants de Massada, devenus aujourd’hui des symboles de résistance en Israël.

Toutes ces divergences, pour profondes qu’elles aient été, ne conduisaient pas à un inéluctable affrontement. Or, une lutte à mort s’engagea entre les deux civilisations. Cette évolution fatal est l’objet du onzième chapitre de l’ouvrage, intitulé « La voie de la destruction 37 av. J.-C. -70 ap. J.-C. ».

Vers la destruction

Ce choix de titre est essentiel. En effet, la pression de la puissance romaine sur l’ensemble du royaume de Judée provoque de vives tensions. Rome est la faiseuse de roi et transforme le royaume en un état vassal. Cette ingérence politique et militaire, qui rompait avec des siècles de cohabitation, provoque la montée en puissance, au sein du peuple juif du rejet anti-romain et de certaines élites juives.
Ce chapitre, chronologiquement organisé, permet au lecteur de saisir la situation compliquée et les enchaînements qui ont conduit les Juifs à prendre les armes contre Rome à partir de 66 et a conduit à la destruction finale du Temple de Jérusalem.

Les derniers mots de cette partie résument la complexité des multiples causes de la première grande révolte et son funeste résultat : « La destruction du Temple de Jérusalem en 70 n’est pas le résultat d’une politique à long terme menée d’un côté ou de l’autre ; elle est le résultat d’une combinaison d’accidents, dont la plupart ne sont à l’origine aucunement liés au conflit : la mort de Néron, puis les manœuvres de Vespasien pour conquérir le pouvoir à Rome, la volonté de Titus de faire de la prise de Jérusalem un coup politique, puis l’effet dévastateur, en pleine chaleur estivale, d’un tison lancé par un soldat dans le Temple de Dieu. », p. 513.

L’émergence d’un « nouveau » judaïsme

L’écrasement de la première révolte juive mène à une évolution majeure du judaïsme. Alors que le Temple disparaît dans les flammes, un « nouveau judaïsme doit émerger, prêchant des formes de dévotion qui allaient pouvoir, au moins partiellement, prendre la place des sacrifices effectués au Temple », p. 517. Avec le Temple disparaît toute la structuration politique et religieuse du judaïsme lié au culte dont il était le centre. Des trois grands courants religieux, seuls les Pharisiens subsistent ; les Esséniens et les Sadducéens ne sont plus qu’un souvenir. Ce nouveau judaïsme, centré sur le rite, apparait à Yavné autour de la figure de Yo’hanane ben Zakaï et s’appuie sur « les bonnes actions et la prière pour prendre la place, au moins en termes d’efficacité théologique, du culte du Temple », p. 518. A partir de là, l’idée d’un judaïsme sans le Temple devient le cœur de ce nouveau judaïsme. L’image de ce dernier, idéalisée et intériorisée, devient un symbole culturel et intellectuel constitutif de l’identité juive.

La Jérusalem de David et Salomon n’est plus

La victoire romaine est totale. Les Juifs sont battus. L’État indépendant ou autonome a vécu. Les Juifs deviennent des sujets de l’Empire comme les autres peuples vaincus. Comme après la victoire d’Octave sur Cléopâtre et Antoine à Actium en 31, la défaite des Juifs sert idéologiquement la politique de la nouvelle dynastie régnante à Rome, celle des Flaviens. Mais – et c’est l’une des causes directes de cette situation – les Juifs subissent une hostilité de plus en plus marquée tout au long du règne des Flaviens. L’arrivée des premiers Antonins ne change rien. Martin Goodman rappelle que Jérusalem n’est plus une ville juive, mais une ville romaine dans laquelle « le transfert symbolique du tribut annuel des Juifs au Temple du Dieu juif à celui de Jupiter Capitolin à Rome s’était aggravé », p. 560. En effet sous l’administration romaine, la Jérusalem de David et Salomon n’est plus. Rome, par cette attitude impérialiste, affirme son autorité sur la Judée et assoit sa puissance face aux ennemis comme les Parthes. Le passage de Jérusalem à Aelia Capitolina provoque une deuxième révolte majeure des Juifs entre 132 et 135. De cette révolte l’histoire a surtout retenu la figure Shimon bar Kosiba, plus tard surnommé Bar-Kochba, le fils de l’Étoile (p.563). Mais encore une fois, l’espoir d’un retour à un État Juif indépendant s’effondre sous le coup des armées romaines. Il faut attendre … la deuxième moitié du XXème siècle pour qu’un État Juif renaisse sur ses terres originelles.

Forteresse de Massada


Le judaïsme né des cendres du Temple doit également affronter une nouvelle religion, issue de ses rangs. En effet, lorsqu’éclate la grande révolte de 66, cette secte, issue du monde juif, gagne de l’influence : il s’agit du christianisme. En dépassant les cercles juifs, cette religion connaît une expansion dans tout l’Empire. L’opposition entre les deux religions, provoque très rapidement l’émergence de l’anti-judaïsme chrétien. Dès l’origine, l’opposition aux Juifs prend les traits de l’anti-judaïsme et l’enseignement de Paul, Juif de naissance, joue un rôle essentiel sur cette question.
Cette question est abordée en épilogue de l’ouvrage (p.659-666). Dans ce court passage, Martin Goodman propose une réflexion sur cette haine anti-juive encore présente aujourd’hui, concluant l’ouvrage sur l’espoir que « les préjugés et discriminations hérités des ambitions politiques de quelques empereurs romains après 70 pourront enfin disparaître à jamais », p. 666.

***

Dans cet ouvrage d’une grande ampleur, Martin Goodman offre une réflexion globale entre deux villes majeures du bassin méditerranéen, qui, encore aujourd’hui, occupent une place fondamentale dans la culture et dans l’esprit du plus grand nombre.
Son approche comparative permet de contextualiser, par différents aspects et éléments, les relations judéo-romaines. On peut ainsi comprendre pourquoi le petit État juif a joué un rôle aussi important et complexe dans la construction impériale romaine et combien, malgré les oppositions, les guerres et les révoltes, sont profonds les liens qui unissent Rome à Jérusalem. De même que, comme dit le proverbe, « tous les chemins mènent à Rome », Rome étant le point zéro des routes construites sous l’Empire romain, pour le peuple juif, tout souvenir, chassant la menace de l’oubli, rappelle, année après année, Jérusalem, point zéro du monde juif, et l’espoir de voir un jour le Temple reconstruit.

Références bibliographiques

Martin Goodman, The Ruling Class of Judaea : The Origins of the Jewish Revolt against Rome A.D 66-70, Cambridge University Press, 2000.

The Ruling Class of Judaea est un ouvrage fondamental pour qui veut comprendre la guerre civile apparue pendant le conflit entre Jérusalem et Rome. En effet, au-delà du rejet de l’impérialisme romain, il y a une contestation de l’ordre établi et des hiérarchies sociales et religieuses héritées de la tradition biblique. Martin Goodman propose une approche historique, sociologique, religieuse et politique du conflit.

Mireille Hadas-Lebel, Jérusalem contre Rome, Paris, Cerf, 1990.

Jérusalem contre Rome permet de comprendre la vision de Rome dans les sources juives. Ces sources historiques, rabbiniques etc. montrent que Rome n’est pas présentée comme un simple vainqueur. Pour Mireille Hadas-Lebel, il y a, dans cet affrontement, une « triple dimension morale, politique et eschatologique ».

Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, Picard, 2009.

Les relations entre Rome, le royaume de Judée et les populations juives ont fortement marqué le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle. Ce territoire devient un enjeu majeur pour Rome. Ces fortes tensions, suivies de la guerre, provoquent un bouleversement politique et religieux.

Gilbert Labbé, L’affirmation de la puissance romaine en Judée, Paris, Les Belles Lettres, 2012.

Gilbert Labbé propose de revenir sur l’organisation romaine en Judée. Ce point de vue permet de comprendre comment Rome, en Judée, mais plus globalement dans les territoires dominés, organise son administration politique ou militaire.

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