Tarabas : Un hôte sur cette terre

Note de lecture

Joseph ROTH, Tarabas : Un hôte sur cette terre, Titre original : Tarabas : ein Gast auf dieser Erde, Traduit de l’allemand par M.-F. Demet, Éditions du Seuil, 1990.

Déjà dans La Marche de Radetzky, côtoyant les ors cramoisis d’une Vienne décadente et de son Empire agonisant, Joseph Roth revisitait sa Galicie natale. Ce pays, berceau de souffrance, terre abreuvée de larmes et de sang, mais aussi attachante et pétrie d’humanité, est le théâtre d’une aventure peu commune qui commence… à New York !
Le jeune Tarabas, fils d’un propriétaire terrien d’Ukraine, est arrêté dans les derniers moments du tsarisme à cause de ses idées révolutionnaires ; il est acquitté puis s’exile en Amérique. Frénésie, violence, affaires de cœur qui tournent à la bagarre dans un tripot, crime de sang, fuite contrariée jusqu’à ce que la Providence lui propose de s’engager sans tarder dans le conflit opposant l’Autriche à la Russie.
Il reprend le bateau et, de retour au pays, la guerre est à la fois un exutoire, une manière d’expier le crime passé et une façon d’exercer continuellement un pouvoir inexorable vis-à-vis des hommes mais aussi face à la mort. Le communisme succède à l’ancien régime mais qu’importe, l’armée est toujours l’armée, la guerre est son breuvage préféré avec le schnaps dont il abuse. Puis l’Union soviétique promeut ce jeune colonel dans un bataillon stationné en Galicie.

C’est là que réside en fait le cœur du roman, dans la bourgade de Koropta où se croisent les paysans et les maquignons. C’est là aussi que réside et travaille une communauté juive importante. Tarabas, si fort soit-il et si violent, reste au fond de lui-même imbu de superstition avec notamment une phobie invincible : celle des Juifs rouquins, oiseaux de malheur.
Toujours violent, acteur aveugle d’un pogrom qui ressemble à tant d’autres, il doit finalement baisser la garde ; mis en échec dans des conditions dramatiques, il découvre ce qu’est le pardon et vit sur terre l’enfer de l’authentique expiation, dans des conditions humiliantes qui sont en définitive salutaires.

Manuel Durand-Barthez

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