«J’ai complètement perdu la faculté de penser…»

«J’ai complètement perdu la faculté de penser…»

par Manuel DURAND-BARTHEZ

Hugo von Hofmannsthal, Lettre de Lord Chandos, Titre original : Der Brief des Lord Chandos, Préface de Claudio Magris, Traduit de l’allemand par P. Deshusses, Paris, Éditions Rivages, 2000, Collection «Petite Bibliothèque».

Une crise identitaire affecte en profondeur une Vienne fin-de-siècle qui porte la marque d’un questionnement où la part proprement juive est prédominante. À maints égards, les œuvres de Hugo von Hofmannsthal en sont le reflet, dans un registre poétique et souvent onirique assez sombre. Ainsi, La Lettre de Lord Chandos (1902) porte à son plus haut degré d’intensité et de radicalité la critique du langage, ouvrant ainsi la voie à une littérature placée aux avant-postes de la modernité.

L’intelligentsia viennoise juive – cela a été bien établi – a joué un rôle fondamental, voire quasi exclusif, dans l’émergence d’idées et de faits qui ont, en quelque sorte, « construit » la modernité. Et cela, dans une période que deux dates pourraient encadrer : 1897, qui voit l’antisémite Karl Lueger accéder à la mairie de Vienne ; et 1942, année où Stefan Zweig se donne la mort.

On assiste à plusieurs phénomènes convergents : une littérature pleine d’audace émerge, qui, contemporaine de la mise en lumière de l’inconscient, brise les conventions, voire les tabous les plus sacrés ; se forme une philosophie du langage (Fritz Mauthner, Ludwig Wittgenstein) qui le met à nu et dévoile son aspect parfois conventionnel et trompeur ; se développe un art pictural sécessionniste ; s’invente une musique – un vrai blasphème pour beaucoup – en rupture avec tous les principes sur lesquelles reposait la musique occidentale ; s’élabore la théorie de la relativité qui, comme l’indique aussi son nom, révolutionne la physique.

À l’évidence, tout cela est l’œuvre de penseurs, savants ou écrivains juifs vivant à Vienne, sinon viennois. Vienne centre de ce maelström, est le lieu qui attire et réunit ces épigones de la modernité.
À certains égards, l’Empire Austro-Hongrois se définit comme un terrain favorable à ces phénomènes habités par la judéité. Pris en étau entre pangermanisme et panslavisme, traversé par la latinité, l’Empire se décompose, ouvrant la voie à l’Anschluss primitivement souhaité par nombre d’intellectuels.
Il en résulte une perturbation importante de la notion d’identité qui se traduit d’au moins quatre manières visibles : le problème du nom (patronyme juif conservé? modifié ? ou dissimulé?) ; l’effacement des « langues maternelles » qui cèdent le pas à l’allemand, surtout chez ceux qui viennent des marges de l’Empire dont sont issus la plupart des écrivains (c’est le cas notamment du yiddish) ; le reniement de la religion (agnosticisme ou bien conversion de Juifs au christianisme) et, pour finir : la haine de soi, l’auto-judéophobie (évoquée notamment par le personnage de Bermann dans la Vienne au crépuscule de Schnitzler) et même le suicide, relativement fréquent parmi les intellectuels. Autant de situations ou d’attitudes résultant de l’incapacité à supporter la violence de cette crise identitaire.

H. v. Hofmannsthal, A. Schnitzler (debout), Richard Beer-Hofmann, Felix Salten (assis)/Circa 1894.

Hugo von Hofmannsthal n’échappe pas à cette règle, ou, si l’on veut, à ce désordre. Il naquit à Vienne en 1874, fils de l’avocat et banquier, également dénommé Hugo von Hofmannsthal. Sa famille avait des racines juives, tchèques et italiennes, souabes (par sa mère Anna, de confession chrétienne). Son arrière-grand-père, juif orthodoxe, Isaak Löw Hofmann a été anobli en 1835, par Ferdinand Ier, au motif d’une activité industrielle prospère. Son fils et héritier Augustin Emil von Hofmannsthal, praticien à Milan, le grand-père de l’auteur, se convertit à la foi catholique en 1839.

«J’ai complètement perdu la faculté de penser…»

« Mon cas, en bref, est celui-ci : j’ai complètement perdu la faculté de penser ou de parler de quoi que ce soit de façon cohérente ». Phrase-culte qui figure au cœur de la Lettre de Lord Chandos que nous laissa, comme en testament précoce, Hugo von Hofmannsthal, en 1902.
Pourtant, à vingt-huit ans, ce prodige qui établit sur lui-même ce diagnostic avait produit une oeuvre non négligeable et ne semblait pas manquer d’inspiration … Il avait écrit quelques pièces de théâtre (La Mort du Titien, Le Fou et la Mort, Alceste…) et travaillait à son Elektra (1903) qui fut reprise et mise en musique par Richard Strauss en 1909. En 1915, Hofmannsthal conçut le livret de La Femme sans ombre également pour Strauss, dont la première mise en scène d’Alfred Roller souffrit de difficultés liées à l’interprétation ou à la transposition du texte et de ses effets de style : magie, artifices, effets optiques de transformation, dépassent les moyens dévolus à l’exécution de l’œuvre par A.Roller au Staatsoper en octobre 1919.

Hoffmannsthal et R. Strauss/15 juillet 1929

Cette magie traverse d’ailleurs les romans et contes de Hofmannsthal (le Conte de la six-cent-soixante-douzième nuit paru en feuilleton dans le journal viennois Die Zeit en 1895, récit d’un cauchemar selon Schnitzler ; Lucidor publié en 1910 ; Andréas commencé en 1907, inachevé et publié à titre posthume en 1930 un an après sa mort, et bien d’autres).
Magie et sortilèges, en effet, marquent de leur empreinte des sujets traités avec une légèreté toute « viennoise » – pour user d’un cliché rebattu – , comme dans cet autre opéra de Strauss : le Chevalier à la Rose (1911) ou, encore, dans des œuvres beaucoup plus dramatiques qui dépeignent des troubles profonds de la personnalité et de l’identité.
C’est précisément le cas de la Lettre de Lord Chandos, du moins en première lecture (et cette nuance importe).

Le jeune homme et le monde

Philip, Lord Chandos, écrit le 22 août 1603 à Francis Bacon pour lui faire part de son étrange incapacité à poursuivre toute activité intellectuelle et littéraire. Il a vingt-six ans et il éprouve un syndrome de dépersonnalisation accompagné d’une forme d’engourdissement (geistige Starrnis) qui le mine progressivement de manière inquiétante et inexorable.
Vingt-six ans, c’est déjà un âge comparable à celui de l’auteur lorsqu’il écrit cette Lettre, moment de sa vie où il a déjà connu nombre de personnalités éminentes du monde littéraire et artistique comme Arthur Schnitzler, Stefan George, Rainer-Maria Rilke, Maurice Maeterlinck, Rodin…
Alors : fiction fantaisiste ? Élucubrations teintées de psychanalyse mal digérée ? Reflet de l’état psychique de l’auteur à ce moment-là ? Expression individuelle d’un mal-être collectif («mal du monde»/Weltschmerz) particulièrement sensible dans l’Empire de l’Aigle à Deux Têtes en voie de déliquescence ?

Le parcours pas à pas au long du texte nous révélera peut-être d’autres indices.

«Je ne sais même pas si je suis encore celui à qui s’adresse votre précieuse lettre» (p. 47) écrit-il en introduction. Il commence logiquement … «par la fin», c’est-à-dire par l’énoncé de l’état final auquel est réduite sa personnalité, pratiquement désintégrée aux yeux d’autrui. Ou peut-être au contraire magnifiée dans son propre regard, son regard intérieur.
Avant de faire appel à Hofmannsthal pour le livret de son Elektra (texte de 1903, opéra créé en 1909), Richard Strauss avait convoqué la Salomé d’Oscar Wilde. Dans la scène ultime de cet opéra, la fille d’Hérodiade voit la tête de Jean (Iokanaan) son bien-aimé, sur le plateau que lui confie le bourreau. Et elle pousse ce cri désespéré : «Tu as mis sur tes yeux le bandeau de celui qui veut voir son Dieu». Aveuglement salutaire, résultat d’une ascèse qui procure à l’aspirant une autre vision du monde, le monde intérieur et non pas «notre monde», tel que le jeune Chandos l’a parcouru dans ses « voyages » – entendus aussi bien en un sens géographique qu’intellectuel et artistique.

Hoffmanstahl/Création d’Ariane à Naxos

Venise, trois ans plus tôt, l’avait charmé, au rythme des périodes composées par les auteurs latins, dont «le tracé et l’édification intellectuels le ravissaient intérieurement», p.49 ; vocabulaire d’architecture qui évoque Palladio et Sansovino. Construction des édifices mais aussi plus prosaïquement, de la phrase, de la langue classique, «figure familière de mots assemblés» (p. 49) lissés ou enjolivés dans la rhétorique. Ce monde qu’il a exploré comme tout jeune noble instruit dans l’art des rhéteurs mais aussi de l’algèbre, de la musique … entre les sphères céleste et terrestre. Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus… ont dûment peuplé ses heures d’instruction juvénile. Humanisme et Renaissance, «Anciens et Italiens» (p.57) ont coloré ses voyages ; en eux il voulait disparaître «et en eux parler avec leurs mots», p.55.
Alors peut-être, une voix intérieure lui a-t-elle soufflé : «ne te paye pas de mots». Peut-être à ce moment se rend-il compte qu’il avait, à l’occasion de ses « déplacements » (au figuré comme au propre), exécuté un pas de côté et sans doute éprouvait-il alors l’impérieuse nécessité de se retrouver au-delà du monde, du monde de leurs mots. Mettre en pratique le Nosce te ipsum (p.57) mais cette fois hors de l’interprétation purement intellectuelle et «cultivée» du précepte. Il s’agit d’une retraite salutaire qui se traduit dans un autre langage, un «Connais-toi toi-même» authentique, une connaissance qui ne passe pas par le langage profane, qui s’exprime à l’écart des langues de Babel.

La crise

Peut-être la crise salvatrice s’annonçait-elle avec la prise de conscience d’une incapacité à «formuler», à exprimer le monde trivial. «Les termes abstraits dont doit se servir naturellement la langue pour émettre un quelconque jugement se délitaient dans ma bouche comme des champignons pourris», p.65/67.
Cette crise du langage, ici littérairement énoncée, renvoie notamment à Fritz Mauthner, auteur d’un fameux essai sur la critique du langage : Beiträge zu einer Kritik der Sprache – 1901/1903. Mauthner insiste sur l’incapacité fondamentale qu’ont les mots de nous autoriser à pénétrer le cœur de la vérité « parce que les mots ne sont que des transcriptions mémorielles des sensations éprouvées par nos sens, et parce que ces sens sont des sens accidentels [Zufallsinne] », p.641.
Jetons de jeu abstraits et inertes, ou facettes trompeuses d’un palais des glaces, les mots eux-mêmes, les « coupables » eux-mêmes, nous interpellent : «J’étais pour toi un guide trompeur [nous crie le langage] libère-toi de moi !» (t.1, p.713). Nombreux sont les autres exemples qui conditionnent chez Mauthner la libération du Moi à travers le suicide du langage. Les « termes abstraits » qui pourrissent en la bouche du jeune Lord seraient peut-être, en fin de compte, des Zufallsinne dont il doit se libérer, mais à quelle fin ? La suite est plus éclairante.

«Les paroles flottaient autour de moi ; elles se figeaient en autant d’yeux qui me fixaient et qu’à mon tour je suis obligé de fixer : véritables tourbillons qui me donnent le vertige quand j’y plonge mon regard, qui tournent sans discontinuer et à travers lesquels on atteint le vide.», p.71.

Vortex, maelström, retour à l’Origine : «La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux» (Genèse : 1,2) et «Il étend le Septentrion sur le Tohu ; il suspend la terre sur rien.» (Job : 26, 7).
La crise de Chandos n’est-elle pas liée à une forme de sidération face à une vision de l’Origine ? Il écrit : «Une fois de plus les mots me font défaut. Car c’est véritablement quelque chose de totalement innommé et d’ailleurs d’à peine nommable…», p.75. Peut-être invoque-t-il aussi bien l’Incipit de Jean : «Au commencement était le Verbe» ? Impalpable et intangible, il ne nomme aucun objet. Touché par cette grâce effrayante, l’homme est sans voix, et pourtant sa bouche voudrait crier ce mot qu’on lui a ravi, qu’il s’est ravi à lui-même, il se débat pour trouver le Mot-Zéro dont on a dérisoirement mais humblement compensé la perte par des substituts. Nommer l’Innommable (Yode, Adonaï, Yavéh ?)… Aporie dramatique. Chandos avait déjà évoqué « les mots assemblés terme à terme », p. 49 ; mais ici ce sont, bien plus encore, les lettres qui échappent à son entendement.
Tout se passe comme s’il ne savait plus ni lire ni écrire, mais seulement épeler. Dans un autre conte, Les propos et l’histoire de Madame von W., Hofmannsthal y fait en un sens allusion : « L’alphabet, à peine le comprend-on, déjà il se métamorphose : et certes, il y gagne en noblesse, mais il redevient un alphabet sitôt qu’on croyait l’avoir transformé en formule magique » (Andréas et autres récits, p.218). Il serait ainsi contraint d’épeler un sens atomisé, fragmenté, chaotique qui serait le pâle reflet du tohu bohu biblique, la réplique avortée de l’informe et du vide évoqués dans la Genèse.
Ces réflexions trouvent également un écho chez Arnold Schönberg qui, dès 1923, travaillait au livret d’un opéra, Moïse et Aaron/Moses und Aron, dont la première n’eut lieu que trente ans plus tard. Le compositeur fait dire à Moïse : «Das Wort, das Wort, das mir fehlt.» : on est ici tenté de garder la majuscule des substantifs pour dire en français : « Le Mot, ce Mot qui me manque » tandis qu’à la même époque, dans son Tractatus logico-philosophicus publié vingt ans après la Lettre de Chandos,en 1921, Ludwig Wittgenstein formulait le précepte suivant : «Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence» (p. 26), ou autrement traduit : «ce que l’on ne peut dire, il faut le taire», p.188.

Le moi « insauvable»

Et si, à l’appui des alarmes que font retentir ces contemporains de Hofmannsthal, on ajoute l’un des fondamentaux du physicien et «psychologue» Ernst Mach, précurseur d’Einstein : «le Moi est insauvable» [dans le sens d’ «irrécupérable»], la description du syndrome est encore plus intelligible.
En effet, dans son «Analyse des sensations : le rapport du physique au psychique» (1886), on peut lire : «Par une belle journée d’été à la campagne, tout d’un coup le monde, y compris mon Moi, m’apparut comme une seule masse cohérente de sensations, dont la cohésion était seulement plus forte dans le Moi» (chap. I,  §14, note 1).
Ainsi, le Moi inexistant est-il pris «en pleine pâte» dans le monde. Il est «déjà» ou «par nature» « insauvable« , tout en restant la seule preuve de l’existence du monde.
Très étonnamment – et l’on ne saurait trop insister sur ce qui semble davantage qu’une coïncidence -, cela fait écho à la même scène vécue dans un jardin qui figure dans la Lettre de Chandos (p.83) avec la même fascination où fragmentation et fusion désorientent (privent d’Orient et de l’Étoile directrice) le narrateur accablé ; en contemplant un dytique nageant à la surface de l’eau d’un arrosoir : «une telle présence de l’infini me traverse de la racine des cheveux jusqu’à la moelle des talons, je voudrais éclater en mots dont je sais qu’ils terrasseraient, si je les trouvais, ces chérubins auxquels je ne crois pas».
Éclater en mots, c’est ce brûlant désir de crier à la toute fin le Mot. Quant aux chérubins, ce ne sont plus ces figures naïves qui encombraient de leur motif les œuvres d’art légères d’une Italie qui enchanta l’auteur en son jeune temps et qui ne résistent pas à cette tempête mystique. Non, peut-être faut-il songer à des figures ressemblantes mais ô combien différentes : les Kéroubimes qui ornent en le protégeant le coffre de l’Arche d’Alliance. Peut-être, impétrant à la fois volontaire et malgré lui, ce héros s’approche-t-il, prudent et paralysé, du Tabernacle ; peut-être chemine-t-il, comme Moïse, à sa manière, du Buisson ardent au Mont Nebo.

La Fin

Dans le même épisode bucolique du jardin désenchanté, Hofmannstahl décrit la chambre d’un de ses métayers ou des gens de son domaine, où le lit bas «semble toujours attendre quelqu’un qui veut mourir ou quelqu’un qui doit naître», p.91. Transposé du profane au sacré : il faut vouloir mourir à ce monde pour obéir à l’impérieuse nécessité de (re)naître à soi car les tourbillons qui le happent «n’ouvrent pas, semble-t-il, sur le néant, mais conduisent d’une certaine façon en moi-même et au cœur de la paix», p.97. Néant profane versus Vide sacré.
La fin, Hofmannsthal, alors âgé de dix-huit ans, l’avait très bien préfigurée, dans La Mort du Titien (1892), drame en vers. L’artiste ressent sa fin sans couleurs et vide/farblos und leer ; il a depuis longtemps ôté le vêtement chatoyant que l’ingénuité avait tissé autour des plaisirs et des peines (traduit dans sa peinture, le monde visité par le jeune Chandos en Italie…) ; il a tout simplement perdu [désappris] la faculté de sentir [il a, au figuré, perdu la tête]Und einfach hab ich schon verlernt zu fühlen». À l’instar du Titien, Chandos est devenu inapte à sentir comme à penser, à l’aide des mots caducs d’une langue morte. Désormais tout son être vibrera au son d’une «langue dont aucun des mots ne m’est connu, une langue dans laquelle les choses muettes me parlent et dans laquelle j’aurai peut-être un jour à rendre des comptes devant un juge inconnu.», p.99.
Libéré, le jour du Jugement ? Certes, mais en réalité : «Devant lui, le sépulcre est à nu / Et l’abîme sans voile » (Job, 26 : 6) ; suicide intellectuel ou réel ? Indispensable et pourtant inutile…

Bibliographie

Œuvres de Hugo von Hofmannsthal citées dans cet article :

– Lettre de Lord Chandos ; version électronique identique à l’imprimée ci-dessus en lecture libre page à page : https://fr.scribd.com/document/326963710/Lettre-de-Lord-Chandos-Hugo-Von-Hofmannsthal#

Der Brief des Lord Chandos, version originale électronique en libre accès :   https://www.reclam.de/data/media/978-3-15-019503-1.pdf

– Andréas et autres récits ;Traduit de l’allemand par E. Badoux et M. Michel, Édité et et préfacé par H. Thomas. Paris, Gallimard, 2005, Collection «  L’Imaginaire », n°521.

 – Une Histoire de reîtres ; La Mort du Titien ; La Pomme d’or ; Lucidor ; La Grèce ; Traduit  de l’allemand par E. Badoux. Lausanne, Éditions de l’Aire, 1984, Collection «  Lettres universelles ».

Dramen : Die Frau im Fenster ; Der Tod des Tizian ; Der Tor und der Tod. Version électronique libre de l’éd. Holzinger, 4. Auflage, 2017 http://www.zeno.org/nid/20005088526

Elektra : Tragödie in einem Aufzug, Musik von Richard Strauss [1903]. Version électronique libre http://opera.stanford.edu/Strauss/Elektra/libretto.html  

Œuvres contemporaines du texte étudié

Richard Strauss, Salomé , Livret d’après l’original écrit en français d’Oscar Wilde, traduit en allemand par E. Lachmann [1891].
Arnold Schönberg, Moses und Aron : Oper in drei Akten, 1930-1932.
– Fritz Mauthner, Beiträge zu einer Kritik der Sprache, Stuttgart und Berlin, J.-G. Cotta, 1901-1902. Comprend : 1. Zur Sprache und zur Psychologie, 2. Zur Sprachwissenschaft, 3. Zur Grammatik und Logik.
– Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 1921.
– Ernst Mach, Die Analyse der Empfindungen, Jena : Gustav Fischer, 1886

Études, monographies critiques

 Karl Pestalozzi. « La « Lettre de Chandos » dans le contexte de son époque», Revue d’esthétique, n°9 (Vienne, 1880-1938), 1985.
De fait, Hofmannsthal a pu s’inspirer de ces propos de Mauthner : “Ce serait certes une délivrance si la critique pouvait s’exercer par le suicide paisible et désespéré de la pensée et de la parole, si elle n’était pas obligée de s’exercer avec des mots d’apparence vivante.”. Toutefois, Pestalozzi juge qu’il ne faut pas faire abstraction du caractère foncièrement poétique de la Lettre de Chandos qui pourrait bien être  avant tout une œuvre d’art du point de vue de la langue. Contradiction ?

 Flavio Luoni. « Les Attentes de Lord Chandos (Les êtres et les mots dans « Ein Brief  » de Hugo von Hofmannsthal) ». in Revue de Métaphysique et de Morale, vol. 90, no. 2, 1985.
Au personnage de Chandos qui précède la crise, comme à celui qui lui succède, il convient d’en ajouter un troisième, «une figure où se condense une expérience laissant apparaître une sorte de récupération des choses qui  iront même jusqu’à occuper l’espace réservé aux mots». Posture extatique et muette.

 Jacques Le Rider. « La « Lettre de Lord Chandos » ». Revue Littérature, no. 95, 1994,
L’Ich Spaltung, la fissuration du Moi est typique de l’identité viennoise. Elle peut être symptomatique d’une dérive schizophrénique ; toutefois l’appliquer à l’auteur de la Lettre est facile et trompeur. Il faut y voir un «exercice d’humilité», de décapage des apparences verbales. «Nous ne possédons pas notre Moi», écrit Hofmannsthal dans l’Entretien sur les poèmes. D’où une ascèse qui lui fait pressentir le «langage immédiat de l’existence», «cet équivalent verbal du langage que parle la vie».

 Gotthart Wunberg. « Depersonalisation und Bewusstsein im Wien des ,frühen Hofmannsthals »/Dépersonnalisation et conscience dans la Vienne du jeune Hofmannsthal, in : W.Kudszus (Sous la direction de), Literatur und Schizophrenie : Theorie und Interpretation eines Grenzgebiets, Tübingen,M. Niemeyer , 1977.
Assurément, la Lettre est «aussi» une manifestation de la crise du langage, mais derrière cette apparence, elle révèle essentiellement une crise de la conscience de soi. Déstructuration du sujet. Si l’on se réfère à Mach : le Moi n’est pas autrement structuré que le non-moi. Il est fondu dans la masse, dans un innommable espace infini.

Manuel Durand-Barthez. « Per una critica di Fritz Mauthner (1849-1923): posizioni e reazioni ». Revue Prospero. Rivista di Letterature Straniere, Università di Trieste, vol. VI, 1999.
Est analysée la réception des thèses de Fritz Mauthner par l’intelligentsia viennoise à l’époque de l’Apocalypse joyeuse. Hermann Broch introduit le néologisme de Chandosität/Chandosité en regard de La Lettre tandis que Mauthner condamne la Logokratie, également bannie par Karl Kraus (publiciste critique et satirique du journal la Fackel). Hofmannsthal côtoie aussi Ernst Mach et Ludwig Wittgenstein dans cette communauté (à quelques nuances près) de pensée et d’action.

1 commentaire

  1. *Vraiment personne ne pourra jamais empêcher le peuple Juif de penser* *travailler le langage , et d’ailleurs cela fera sa force à travers tous les* *temps . Merci cher ami, pour toutes ces merveilleuses découvertes qui* *met en lumière l’importance de la pensée Esther Kervyn . *

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